- Série
- Will AI Fix Work ?
- Numéro
- Épisode 31
- Publié le
Où il est question d'avarice cognitive.
… où il est question d’avarice cognitive.
Quand l’urgence devient la norme, l’IA devient l’alibi.
Et si votre quête de productivité était en train de devenir une excuse ?
Avez-vous déjà vécu cette scène ?
Vous avez une conversation intéressante sur un sujet, vous êtes reconnus comme expert du sujet, donc vous vous sentez valorisé, et là, votre interlocuteur sort son téléphone pour demander à ChatGPT ce qu’il en pense. Sur l’instant, nous en avons ri, et nous avons continué en l’incluant dans notre réflexion.
A quel moment passe-t-on de “l’IA m’aide à répondre” à “l’IA répond à ma place” ?
Des chercheurs de Wharton ont une réponse.
Et elle commence par un constat vieux de 40 ans.
En 1984, les psychologues Fiske & Taylor décrivent l’humain comme un “avare cognitif” : un cerveau qui, par nature, cherche à économiser ses ressources mentales. Kahneman l’a popularisé avec ses Systèmes 1 et 2. L’instinct d’un côté. La réflexion de l’autre.
Mais Shaw & Nave (2026) dans leur étude (lien en commentaire) pointent l’angle mort de ce modèle : il suppose que toute la réflexion se passe dans notre tête.
Ils proposent dorénavant un Système 3 : l’IA. Externe, automatique, ultra-rapide. Et de plus en plus sollicité en premier, précisément parce que nous sommes des avares cognitifs, et que l’IA nous offre la réponse avant même que nous ayons formulé la question.
Leur étude est implacable.
Avec une bonne IA, les performances s’envolent.
Avec une IA qui se trompe, on fait pire que sans IA du tout.
Et dans ce cas : 80 % des participants ont quand même suivi son conseil.
Shaw & Nave appellent ça la “reddition cognitive”.
Pas la délégation. Pas la collaboration. La reddition.
Le moment où l’on cesse de raisonner pour simplement approuver.
Mais d’où vient cette reddition ?
Un peu de la paresse et aussi de nos conditions de travail.
L’urgence comme principe d’organisation, vous connaissez ?
La productivité comme graal. La réponse rapide comme signe de compétence.
On cherche donc une réponse avec l’IA, pas une réflexion.
Et le cerveau, avare par nature, accepte volontiers ce raccourci.
Le constat est inconfortable, nous avons construit des organisations qui ne demandent plus à leurs collaborateurs de penser et nous nous étonnons qu’ils cessent de le faire… à l’heure de l’IA.
Ce qui me ramène à la question posée depuis l’épisode 1 de cette série.
L’IA ne répare pas le travail, elle révèle l’état dans lequel nous l’avons mis. Des organisations si prises dans l’urgence qu’elles n’ont plus le temps de réfléchir et qui trouvent dans l’IA un alibi confortable pour continuer.
C’est précisément ce sur quoi j’aime travailler avec les équipes que j’accompagne. Parce qu’une IA bien intégrée, c’est d’abord une organisation qui a réappris à se poser les bonnes questions.
On s’en parle ?
😎
