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Série
Will AI Fix Work ?
Numéro
Épisode 32
Publié le

Où il est question de 800 jours pour décider qui nous sommes.

… où il est question de 800 jours pour décider qui nous sommes.

800 jours.

C’est le compte à rebours qu’Emad Mostaque a posé sur la table dans son échange avec André Duqum pour le Know Thyself Podcast (lien ci-dessous, et synthèse NotebookLM en illustration).

800 jours.

D’ici là, le travail cognitif humain - analyser, rédiger, coder - deviendrait économiquement “négatif”.
Autrement dit : nous, un frein, notre cerveau, un boulet pour une équipe d’agents ultra-rapides.

Mostaque propose trois futurs possibles :
- le Féodalisme Numérique (quelques entreprises contrôlent les “dieux machines”),
- la Grande Fragmentation (les États nationalisent l’IA, la démocratie s’efface),
- la Symbiose Humaine (le futur Star Trek, l’humain augmenté, le Centaure).

Nous achetons tous les troisième.
Mais, c’est exactement le genre de cadre qui me met mal à l’aise.

Il nous place en spectateurs d’un scénario déjà écrit, les yeux rivés sur l’horloge.

Or, dans mes missions, je n’ai jamais vu une organisation échouer sa transformation IA faute d’avoir choisi le bon scénario à 800 jours. Je l’ai vue échouer faute d’avoir eu une conversation honnête d’accepter l’expérimentation collective.

Le vrai virage de phase n’est pas là où on le croit

Mostaque emprunte à la physique l’image du “virage de phase” : l’eau qui chauffe, puis bascule en vapeur en une fraction de seconde.

Belle métaphore.

Mais dans la réalité du travail que j’observe, le basculement ne ressemble pas à ça.
Il ressemble à un glissement progressif, presque invisible : le moment où l’on cesse de penser avec l’IA pour penser via elle. Où l’on délègue non plus une tâche, mais le jugement sur cette tâche.

Ce n’est pas un compte à rebours. C’est une habitude.
Et les habitudes, contrairement aux scenarios, ne s’annoncent pas.

Les 3 piliers de la “symbiose” proposés sont séduisants - accès universel, créativité décuplée, humain maître du sens. Mais ils supposent un humain déjà debout, déjà lucide, déjà formé à la question juste.

Dans les équipes que j’accompagne, cet humain-là n’est pas une évidence. Il se construit. Lentement. Et s’interroge. Sur sa place notamment.

“la valeur se déplace vers la formulation de la question.”

Ok, mais poser de bonnes questions, ça s’apprend avec l’expérience du sujet. Et cette expérience se construit en se trompant ou en apprenant des erreurs des autres. Il s’agit tout simplement de comprendre.

Alors, 800 jours pour quoi faire ?

Pas pour choisir entre trois futurs abstraits.

Pour décider, concrètement, ce que nous refusons de déléguer. Ce qui, dans notre travail, mérite encore d’être lent. Ce que nous voulons encore comprendre, même quand l’IA peut le résoudre plus vite.

Pour accepter l’inconfort de se demander collectivement : qu’est-ce qu’on veut vraiment faire de ce temps qu’on va libérer ?

L’IA ne choisira pas pour nous.

Et c’est peut-être la seule certitude que nous ayons.